Le temps passe vite
On entend sans cesse cette expression, surtout quand on devient maman pour la première fois, comme une promesse : « À partir de maintenant, tout ira plus vite, ma chérie », et vous savez quoi ? Ils ont raison, peu importe qui sont ces « ils ». Mais voilà le problème : on peut se faire une idée de ce concept, mais on n’arrive pas vraiment à en saisir toute la portée. On hausse les épaules en se disant : « Ouais, ouais, le temps passe vite. » En tout cas, c’est ce que je faisais.
Quand j’ai accouché, je me suis sentie très seule. L’accouchement vous place dans une situation à part : si vous ne l’avez pas vécu vous-même, c’est difficile à comprendre. Il y a des choses dans la vie qu’il faut vivre pour les comprendre, et non pas simplement les décrire, et l’accouchement en fait partie. Mon fils souffrait de coliques, et j’étais en pleine dépression. C’était la première fois de ma vie que je n’avais envie de parler à personne. Le monde me semblait lointain.
Pour couronner le tout, nous avons dû rester plus longtemps à l’hôpital. Il était né avec un peu de fièvre, il a donc dû rester en observation jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Ce séjour prolongé n’a pas du tout aidé mon moral. Les infirmières voyaient bien que je n’allais pas bien, alors entre sa fièvre et mon état, j’ai fini par passer huit jours au total à l’hôpital. Peut-être était-ce lié au fait que je savais que j’allais devoir m’en sortir toute seule (mais c’est une autre histoire), ou peut-être était-ce dû aux hormones. Mais le fait est qu’à ce moment-là, enfermée dans cette chambre d’hôpital, j’aurais voulu que mon fils ait déjà cinq ans. Je voulais passer directement à la suite.
Pourtant, au milieu de toute cette noirceur, il y avait une lueur d’espoir : j’ai tout de suite ressenti un lien immédiat avec lui, comme si nous nous étions déjà rencontrés dans une autre vie. J’ai baissé les yeux vers son petit visage et je me suis dit : « Oh oui, c’est Liam. Comment ai-je pu t’oublier ? » Il m’était si familier, j’avais une impression très forte de déjà-vu.
Ce lien instantané a été une immense victoire pour un enfant venu au monde de manière totalement imprévue. Et pourtant, même s’il n’était pas prévu, je l’avais souhaité et rêvé des années avant même qu’il ne soit conçu.
Maintenant qu'il a neuf ans, j'aimerais pouvoir retourner dans cette chambre d'hôpital et revivre ces moments. Ça me manque tellement.
Et je sais que dans neuf ans, ces moments me manqueront tout autant. J'ai donc pris une décision : passer plus de temps avec lui, apprendre à vraiment nous connaître, observer et apprendre ensemble. Il y a six semaines, nous avons quitté Los Angeles pour partir à la découverte du monde. Mais j'en parlerai plus en détail la semaine prochaine.
Oui, bien sûr, je ressens désormais un sentiment de soulagement et de sérénité dans ma vie, car il est tellement autonome. Je n’ai plus à me soucier des biberons, ni à porter de poussette, ni à organiser toute notre journée en fonction de sa sieste de l’après-midi. Il peut aussi me dire si quelque chose ne va pas ou comment je peux être une meilleure maman. Je lui demande souvent son avis, car, comme toutes les mères, j’ai mes limites. Et parfois, vous savez, ces limites me semblent aussi insurmontables que l’Himalaya.
Mais cette époque me manque toujours. Et à vous ?
Andreea Mitro écrit des essais sur la maternité et le sentiment d'appartenance, aux côtés de son fils. Son premier roman, *ROU*, dont l'action se déroule pendant la révolution roumaine de décembre 1989, paraîtra prochainement.