Ce que je sais aujourd'hui
Ce n'est pas tant ce que je sais aujourd'hui qui compte, mais plutôt ce que je suis prête à en faire.
Pour moi, le tournant s'est produit à mes 40 ans. Avant cela, je ne pensais jamais à la retraite, à l'ostéoporose ou à la mort. Et maintenant ? Chaque fois que je ressens une douleur passagère, je me dis inévitablement : « Ça y est. C'est ça qui va me tuer. » Oui, j'ai un petit côté morbide, mais c'est ma réalité.
Mais au-delà des douleurs physiques, j’en suis arrivée à un stade où, au fond, je m’en fiche complètement. Je crois sincèrement que ce processus est universel. Plus on avance en âge, moins on s’attarde sur les détails insignifiants. Je peux me permettre d'être très sélective quant aux personnes que je garde dans ma vie, je m'inquiète moins des « et si » et je remets tout en perspective. En d'autres termes, à moins qu'il ne s'agisse d'un grave problème de santé, tout va bien se passer. Tout finit par s'arranger d'une manière ou d'une autre.
Surtout, j'ai commencé à apprécier ma propre compagnie d'une manière qui m'a permis d'arrêter de me rabaisser. C'est une étape décisive pour moi. Avant, j’étais ma pire critique. Maintenant ? Je laisse les autres s’en charger s’ils le souhaitent ; j’ai officiellement pris ma retraite. Il m’a fallu environ 40 ans, à quelques années près, pour réaliser que je devais être ma meilleure amie. Après tout, c’est avec moi que je passe le plus de temps.
Le temps est un maître. Souvent cruel, car la sagesse ne nous apparaît qu’une fois que nous avons atteint un certain âge. Combien de fois nous arrive-t-il de regarder en arrière et de nous dire : « Si seulement je pouvais tout recommencer… » ? Mais j'en suis venue à voir cela comme un rite de passage vers l’autre versant de cette montagne imaginaire que nous appelons la vie, le temps ou la mémoire.
C'est précisément ce changement qui nous a donné l'idée de parcourir le monde. Nous sommes tellement conditionnés à croire que nous devons posséder certaines choses à un certain âge ou que nous devons mener une certaine vie. Et quand nous réalisons que ce n'est pas le cas, les années ont déjà filé.
On ne peut pas revenir en arrière. Mais on peut choisir ce qui va suivre. C'est ce qu'on a fait, Liam et moi. Et ne vous méprenez pas, on fait ce choix chaque jour. C'est génial de découvrir des endroits qu'on n'aurait jamais vus autrement, de vivre des expériences qu'on n'aurait jamais vécues, comme Liam qui donne à manger à l'ours au zoo. Mais serait-ce plus facile de passer mes journées à un bureau, sachant qu'un salaire arrive sur mon compte toutes les deux semaines, plutôt que de construire cette vie nous-mêmes, en faisant des choses que je n'avais jamais faites auparavant ? Bien sûr que oui. En principe. Alors on fait un choix.
Et vous ? Que choisissez-vous ?
Andreea Mitro écrit des essais sur la maternité et le sentiment d'appartenance, aux côtés de son fils. Son premier roman, *ROU*, dont l'action se déroule pendant la révolution roumaine de décembre 1989, paraîtra prochainement.