Amis

Cela fait maintenant plus de deux mois que nous sommes sur la route. Après notre passage à New York, quelque chose s’est produit. Je ne sais pas si c’est parce que cette ville nous rappelait l’Europe, ou parce que nous y avions vécu pendant un an. Quoi qu’il en soit, cela nous a poussés à retourner à Los Angeles pour faire nos valises en vue de notre départ pour l’Europe. La décision était prise. Nous avons fait l’impasse sur la majeure partie du Sud. Cependant, nous n’allions pas manquer le Grand Canyon, et nous avons bien fait, car c’était à couper le souffle.

Mais il y avait une autre raison. Liam avait très envie de jouer avec son ami Arlo. Ils sont amis depuis près de trois ans, et il lui manquait vraiment beaucoup. Il y a quelque chose de touchant à voir un enfant de neuf ans avoir la nostalgie de son ami. Pas n’importe quel ami. Arlo, précisément. Je voulais qu’il puisse profiter de ces moments avant notre départ pour l’Europe. Et comme c’est l’été en ce moment, c’était le moment idéal pour revenir. Nous voilà donc de retour à Los Angeles, et il joue avec Arlo.

Voir à quel point Arlo lui manquait m’a fait réfléchir à mes amitiés. Celles que j’ai encore. Celles que j’ai perdues. Certaines amitiés se terminent comme un mariage peut prendre fin. On s’éloigne simplement l’un de l’autre. En douceur. Sans le vouloir.

Il y a un dicton en français : « Loin des yeux, loin du cœur ». Je ne pense pas que ce soit vrai, du moins pas en matière d'amitié. Peut-être en matière d'amour romantique. Mais je ne suis même pas sûre que ce soit vrai dans ce cas-là.

J'ai des amis à qui je parle une fois par an. Peut-être même moins. Et pourtant, nous sommes toujours proches. Le temps ne me fait pas les oublier. Je trouve incroyable qu'on puisse passer une année entière sans se parler, et qu'ensuite, quand on se retrouve, on ait l'impression que c'était hier. Et s'ils ont un jour des ennuis, je suis là pour eux. Et eux seraient là pour moi. C'est là que le dicton se trompe.

Je n'ai pas beaucoup d'amis. Je pense que c'est là le vrai secret : savoir faire le tri, n'en avoir que quelques-uns. Je suis le genre de personne qui se sent bien toute seule. Je n'ai besoin de personne. Mais les quelques personnes que je laisse entrer dans ma vie comptent pour moi plus que je ne saurais le dire.

C’est ça, l’amitié. On a le choix. C’est ça, la liberté qu’elle procure. Et certains d’entre eux vont vous pousser à vous dépasser. Ils vous feront voir plus grand, vous aideront à vous élever plus haut et à accomplir des choses que vous n'auriez jamais crues possibles. Parce qu'ils sont là, à vous dire : « Allez, vas-y, tu peux y arriver. » Ça compte énormément. Ça compte énormément pour moi.

C'est vous qui les choisissez. Je pense que c'est ça, le cadeau.

Vous ne croyez pas ?

Andreea Mitro écrit des essais sur la maternité et le sentiment d'appartenance, aux côtés de son fils. Son premier roman, *ROU*, dont l'action se déroule pendant la révolution roumaine de décembre 1989, paraîtra prochainement.

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